Le Compte Personnel de Formation (CPF) est aujourd’hui un dispositif central de la formation professionnelle en France.
Pourtant, son fonctionnement actuel et les débats qu’il suscite ne peuvent être compris qu’à la lumière de son évolution progressive, depuis sa création jusqu’aux réformes en cours.
Le projet de plafonnement du CPF, inscrit dans le cadre du projet de loi de finances, marque une nouvelle étape de cette transformation.
Qu’est-ce que le CPF ?
Le CPF est un droit individuel à la formation, attaché à la personne tout au long de sa vie professionnelle.
Il permet à toute personne active – salariée ou demandeuse d’emploi – de financer des actions de formation visant à développer ou sécuriser ses compétences.
Il a été conçu comme un outil favorisant l’autonomie des individus dans leurs choix de formation, leur employabilité, et l’adaptation des compétences aux évolutions du marché du travail.
Le CPF : une révolution au sein de la formation professionnelle
Le CPF a été créé par la loi du 5 mars 2014 relative à la formation professionnelle, à l’emploi et à la démocratie sociale.
Il est entré en vigueur le 1er janvier 2015, en remplacement du Droit Individuel à la Formation (DIF).
À l’origine, le CPF était alimenté en heures de formation, financé collectivement et encadré par les branches professionnelles, qui pouvaient définir des priorités et des plafonds.
Le dispositif s’inscrivait alors dans une logique fortement collective et régulée.
2019 : la monétisation du CPF, un changement de paradigme
Un tournant majeur intervient avec la loi du 5 septembre 2018 pour la liberté de choisir son avenir professionnel, appliquée à partir de 2019.
Le CPF est alors :
- monétisé (en euros et non plus en heures),
- accessible directement par les individus via une plateforme dédiée,
- largement décloisonné, avec la disparition des plafonds définis par les branches.
Cette réforme transforme profondément le CPF, qui devient :
- un outil individualisé,
- mobilisable sans intermédiaire,
- et perçu comme un compte personnel de formation, au sens le plus large du terme.
Cette évolution favorise l’accès à la formation et est victime de son succès, puisqu’il entraîne également une augmentation significative des dépenses publiques.
Une montée en puissance… puis une phase de régulation
Face à l’ampleur des financements mobilisés et à certains usages jugés éloignés des objectifs initiaux, les pouvoirs publics engagent progressivement une reprise en main du dispositif.
Plusieurs évolutions interviennent :
- renforcement des contrôles,
- lutte contre la fraude,
- encadrement de certaines pratiques,
- et recentrage progressif sur des actions jugées plus directement liées à l’emploi.
Un reste à charge forfaitaire est mis en place : quelque soit le montant de la formation, le bénéficiaire aura un reste à charge de 103,20€ (au 30 décembre 2025), sauf en cas de cofinancement avec l’emploi ou un financeur public.
C’est dans ce contexte que s’inscrit aujourd’hui la question du plafonnement du CPF.
Le plafonnement du CPF : un nouveau tournant
Avec l’article 81 du volet dépenses du projet de loi, le principe du plafonnement du CPF est désormais posé.
Certaines actions financées par le CPF feraient l’objet d’un plafond, dont les modalités seraient précisées par décret.
Selon les éléments actuellement connus, seraient concernées :
- les formations conduisant à une certification inscrite au Répertoire Spécifique (RS), à l’exception de CléA ;
- le bilan de compétences ;
- le permis de conduire B.
👉 À l’inverse, la VAE ne serait finalement pas concernée par ce plafonnement.
Pour le permis B, l’évolution serait encore plus marquée, avec une éligibilité limitée :
- aux demandeurs d’emploi,
- ou aux actifs bénéficiant d’un cofinancement.
Anticiper les impacts de cette évolution
Pour les entreprises comme pour les organismes de formation, l’enjeu n’est pas seulement financier.
Il s’agit d’anticiper les conséquences sur :
- l’accès à la formation,
- la construction des parcours,
- et l’équilibre économique des dispositifs existants.
Le CPF entre ainsi dans une nouvelle phase, plus encadrée et plus sélective, confirmant une tendance de fond : la formation professionnelle est désormais pensée comme un levier stratégique, nécessitant anticipation, structuration et cohérence.
Chez Alinéa & Compétences, nous assurons une veille continue sur ces évolutions afin d’éclairer les entreprises sur les transformations du cadre de la formation professionnelle et leurs impacts.


